Archives mensuelles : juin 2013

Journée d’appui aux prisonniers politiques. (27/06/2013)

Exploitation et résistance

Il y a plusieurs manières d’exploiter les gens. Les systèmes économiques sont particulièrement habiles pour ce faire. Le capitalisme étant sans doute le système qui a développé les plus subtiles façons de tirer le maximum de la force ouvrière sans en payer le prix et même en profitant encore et toujours de ceux et celles qui produisent les richesses en leur permettant de s’endetter pour acquérir ce qu’ils produisent… Sans parler des désirs suscités par la publicité et le gonflage de voisins !

Il y a moins de façons pour faire taire les gens. On peut les discréditer et les faire passer pour des excentriques presque fous ; on peut les acheter ; on peut leur faire peur et les faire chanter ; on peut les emprisonner ou même les faire disparaître à jamais. Alors quand des gouvernements ou des groupes assoiffés de pouvoir et d’argent décident de museler leurs opposants, ils n’hésitent pas à frapper fort, quitte à priver tout un peuple de ses libertés fondamentales.

Mais les gens honnêtes, les militantes et militants de cœur, résistent toujours aux actes ignobles de ceux qui veulent les faire taire. Les militantes et militants de cœur ne sont pas achetables ! Et une fois qu’ils ont surmonté la peur, ils sont encore plus courageux ! Alors que reste-t-il aux oppresseurs pour nous faire taire ? La prison, la torture, la mort.

Gouvernements du peuple ou du business ?

Le Comité des libertés syndicales du Bureau International du Travail (BIT) a souligné, en juin dernier, que plusieurs pays utilisaient encore l’emprisonnement de syndicalistes pour contrer le droit au travail, à la syndicalisation et à la négociation. Ces gouvernements ont choisi leur camp : celui des entreprises au détriment de leur population. Le Myanmar, le Guatemala, l’Iran  et le Mexique ont fait l’objet de plaintes officielles au sujet de l’emprisonnement de syndicalistes. Mais ils ne sont pas les seuls. Loin de là ! L’automne dernier plusieurs syndicalistes turcs ont été emprisonnés. Et s’il fallait sortir un peu du champ du monde du travail, le nombre de pays qui emprisonnent leurs concitoyens pour délit d’opinion serait faramineux !

On n’a pas besoin d’être sous une dictature pour subir la pression et la répression contre notre liberté d’expression. Les William Assange et  Edward Snowden de ce monde savent que révéler les actes répréhensibles de gouvernements dits démocratiques est presqu’aussi dangereux  qu’être espion en territoire étranger ! Les «whistleblowers», dénonciateurs de pratiques frauduleuses dans leur entreprise ou même au gouvernement, n’ont pratiquement aucune protection et risquent le congédiement et les poursuites baillons.  Même chose pour les citoyens qui ont dénoncé l’utilisation de fausses informations téléphoniques par les conservateurs lors de la dernière élection fédérale ; idem pour les groupes environnementaux, chercheurs, auteurs, éditeurs qui ont dénoncé certaines pratiques de compagnies minières à l’étranger.

2 heures en prison pour vos opinions politiques et vous êtes un prisonnier politique !

Et puis je pourrais ajouter tous les manifestants qui se sont opposé à la hausse des droits de scolarité au Québec l’an dernier. Plusieurs ont été emprisonnés quelques heures pour avoir exprimé leur opinion dans la rue.  Arrêtés en vertu de règlements inacceptables ou de lois iniques, ces «jeunes» ne sont pas des bandits. Prisonniers politiques ? OUI !

L’utilisation de la prison comme moyen de dissuasion de l’expression d’un point de vue politique est tout aussi inacceptable, que l’emprisonnement ait duré 2 heures, 2 jours, 2 mois, 2 ans ou 20 ans. Les conséquences sur les individus sont les mêmes : la peur d’exprimer publiquement un point de vue divergent de celui du pouvoir en place. Une fois qu’un gouvernement prend goût à cela, qu’est-ce qui l’empêchera d’aller plus loin ?

Les néolibéraux ont des projets pour nous museler…

En 2011, le Chili avait déposé devant le Congrès national une proposition qui aurait permis l’emprisonnement de gens participant à des «troubles» ayant pour effet de «…paralyser ou interrompre un quelconque service public  ; … empêcher ou perturber la libre circulation des personnes ou des véhicules sur les ponts, dans les rues, sur les routes ou sur d’autres biens d’usage public similaires ; … outrager l’autorité ou ses agents». Une tentative qui n’a pas abouti concrètement. Mais on voit bien où les gouvernements néolibéraux veulent aller : faire suffisamment peur au peuple pour qu’il cesse de revendiquer, critiquer et surtout manifester.

Notre réponse : la résistance et la rue !

C’est contre ça qu’il faut continuer à se battre ! Notre liberté d’expression n’a pas de prix ! Voilà pourquoi il faut manifester contre les emprisonnements politiques partout sur la planète. À défaut de quoi nous aurons des peuples encore plus soumis et des gens comme vous, comme moi, en prison pour leurs idées ! Ayons une pensée spéciale pour Nelson Mandela, aujourd’hui à l’article de la mort. Les 27 années de prison à cause de ses opinions ont permis à tout un peuple de sortir d’une prison encore plus exécrable, l’apartheid sud-africain ! Rendons-lui hommage et remercions-le de nous avoir démontré que notre principale force est la résistance.

Liberté !

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Collusion et corruption : faut-il pendre les magouilleurs ? (26/06/2013)

Pour ceux et celles qui ne le savent pas  je suis plutôt anti-capitaliste, socialiste et syndicaliste. Peu de patrons trouvent grâce à mes yeux ! Les exploiteurs, boursicoteurs, financiers, magouilleurs et voleurs me lèvent le cœur et je n’en ai pas une grande estime. Même dans ma carrière syndicale, lorsque j’ai eu à défendre des gens qui avaient volé l’institution publique, j’ai clairement expliqué à ces camarades de travail que leur geste n’avait pas de sens. On a beau prétexter que notre salaire n’est pas assez élevé, ce qui est sans doute vrai, que de toute façon il y a du gaspillage qui se fait à tous les niveaux, ça ne peut constituer une excuse à voler. Car au bout de la ligne, le vol c’est NOUS qui le payons par nos taxes et nos impôts. Je n’ai pas honte de les avoir défendus et faits réintégrer, même s’ils étaient coupables, et je suis convaincu qu’ils sont aujourd’hui plus conscients qu’ils ne règlent rien en chapardant une boîte de crayons, une fesse de bœuf ou une paire de draps ici et là…

Ne comptez pas sur moi pour faire la morale à tout le monde en disant que voler c’est péché ! Mais je crois cependant que nous ne pouvons vivre dignement en société si la corruption, la collusion et le vol sont érigés en système ! Pourtant, le système capitaliste est lui-même une arnaque, un vol constant de nos richesses collectives, de notre force de travail, de notre santé, de nos conditions de vie… Et Robin des Banques n’existe pas ! Il ne viendra pas nous redonner ce qu’on nous a volé…

Alors, comment peut-on empêcher les riches de se soustraire à l’impôt en mettant leur argent dans les paradis fiscaux ? Comment peut-on empêcher les entrepreneurs de «charger des extras» et de se faire payer «en-dessous de la table» ? Comment arrêter la collusion entre des firmes d’ingénieurs et des entrepreneurs qui «fixent» les prix à la hausse et mettent le surplus dans leurs bas, dans des condos, dans les poches des partis politiques municipaux, provinciaux et nationaux ? Comment dire aux «petits travailleurs» qu’ils doivent payer 35% d’impôt quand leur compagnie n’en paye pas un sou ou si peu, comme Rio Tinto ou Apple le font ouvertement ? Comment dire aux itinérants qu’ils ne doivent pas chiper une pomme au marché alors que des sénateurs à Ottawa nous volent des milliers de dollars en faux frais de déplacement ou de logement ?

Au temps de la Révolution française, en 1789, on aurait fait des  «exemples» en pendant aux lanternes quelques malfrats récalcitrants… Maintenant que nous avons compris que la peine de mort ne mène nulle part, comment «convaincre» tous ces voleurs de cesser leurs manœuvres frauduleuses ?

Je crois que la seule façon d’éviter ces dérives qui nous coûtent cher, c’est de s’impliquer collectivement dans l’administration de NOS affaires ! Et c’est vrai à tous les niveaux : autant dans notre syndicat que dans notre municipalité et dans notre pays ! NOTRE présence active est un gage de fonctionnement démocratique et honnête. Lorsque nous suivons de près l’administration publique, la gestion de notre argent et de nos espaces citoyens, celle-ci devient plus transparente, plus ouverte aux idées et plus fermée à la corruption.

Je sais que c’est facile à dire et moins évident à faire dans la «vraie» vie… Mais consacrer une soirée de temps en temps à l’administration municipale, au détriment d’une soirée de foot ou de hockey à la télé ou d’un téléroman qu’on peut de toute façon revoir sur internet, c’est un geste citoyen que nous devrons faire de plus en plus. À défaut de quoi nous nous exposons au risque de voir notre argent servir d’autres intérêts que les nôtres. Et puis, en s’impliquant et en étant un peu patients, nous allons trouver un intérêt nouveau pour prendre nous-mêmes en main notre vie collective. Ça nous évitera de la déléguer à des gens qui ne cherchent qu’à en profiter comme on l’a vu dans certaines municipalités du Québec. Ça nous évitera de chercher désespérément des «sauveurs» lorsque vient le temps d’élire NOTRE maire ou NOTRE  gouvernement…

Vous voulez sortir de la collusion, de la corruption ? Prenez en main votre collectivité ! Impliquez-vous quelques heures dans un comité citoyen ou syndical ; allez aux assemblées : si elles sont «plattes» exigez qu’elles soient à votre convenance ; exigez d’avoir l’information ; exigez d’avoir votre mot à dire !

Je l’ai dit, même nos syndicats ne sont pas à l’abri de cela. Je ne parle pas du vôtre évidemment ! Mais un syndicat fort c’est un syndicat où les membres sont présents, informés, intéressés et, surtout, mobilisés lorsque vient le temps de régler un problème. Et ça, ça ne se fait pas de façon spontanée : on donne un peu de temps régulièrement et lorsque vient le moment de s’impliquer activement, on sait pourquoi on le fait et on détermine ensemble «comment» on le fait. J’ai beaucoup d’admiration pour les gens qui occupent honnêtement des fonctions syndicales. Et je sais que leur plus belle «récompense» c’est lorsque que NOUS sommes présents dans les activités qu’ils organisent. Ils peuvent alors mieux sentir l’appui qu’on leur donne et, surtout, connaître NOTRE point de vue sur les gestes qu’ils posent en NOTRE nom. Le syndicat c’est NOUS ! Pas juste nos représentants-es qui travaillent au quotidien pour NOUS.

Briser le cercle vicieux de la collusion et de la corruption en passant la corde au cou des magouilleurs ? NON ! Il suffit de reprendre NOS affaires en main ! Il n’en tient qu’à NOUS !

Montréal: défilé de la Saint-Jean en quête de sens… (24/06/2013)

40 degrés Celsius dans une rue bondée de familles décorées de fleurs de lys bleues, portant drapeaux et bouteilles d’eau. Les enfants ont chaud, les adultes s’étirent le cou, les plus vieux sont assis qui sur les gazons, qui sur le trottoir ou encore, pour les plus prévoyants, sur des chaises de toiles apportées spécialement pour l’occasion. Bières et rafraîchissements glacés ne résistent pas longtemps aux soifs sans fin qui s’abattent sur les montréalais. D’autant que c’est presque la vraie première journée d’été après ce printemps décevant côté température comme coté politique. Bref, tous ont envie de fêter cette St-Jean initiatrice de l’été ou cette Fête Nationale pour un peuple sans pays…

La parade! La parade! Le son des tambours au loin annoncent que l’attente est presque terminée: c’est parti! Deux policiers motards ouvrent le chemin, l’air de se demander ce qu’ils font là à retenir leurs machines, avançant au pas sous leurs habits imaginés pour l’hiver nordique. Puis de drôles de bêtes, descendantes de Pinocchio, s’avancent, manipulées assez adroitement par des citoyens volontaires mais transpirants. Le ballet de ces marionnettes géantes serait sans doute intéressant si nous savions ce qu’elles représentent! Bêtes oniriques plus près de Sesame Street ou de poupées vaudous surdimensionnées privées de leurs épingles, tous se demandent bien ce qu’elles tentent de nous dire en ce jour de fête «nationale»… Est-ce là le symbole du multiculturalisme canadien, assemblage informe de traits culturels pigés à gauche ou à droite? Ou plutôt représentent-elles l’inter culturalisme où ces zombies de toile ont apporté chacun leur bagage génétique, le mêlant maladroitement dans un tout inidentifiable? Le Wendigo? Ah! Peut-être… Mais s’identifie-t-il soudain à la Fête Nationale? Lui qui défend les Premières Nations contre le cannibalisme que les blancs ont tant pratiqué contre leurs cultures…

Danseurs, acrobates, chanteurs, musiciens… Le défilé se poursuit sous le soleil de plomb. Il faut vraiment lever notre chapeau à ces participants qui donnent le meiulleur d’eux-mêmes au risque d’une déshydratation rapide. La foule les apprécie et le leur fait savoir! Rapidement, les quelques politiciens obligés d’être présents nous envoient la main. En contrepartie, des gens ont écrit sur des pancartes et bannières ce qu’ils pensent de leur action sociale: non aux compressions dans la santé, dans l’aide sociale, «menteurs» et autres opinions plutôt acerbes. Quelques gardes du corps bien dressés, scrutent la foule, tels des hiboux déguisés en pies.

Quelques percussionnistes passent rapidement, suivis d’une bande de krishnas virevoltants. Que font-ils là ? Nul ne le sait. Le Québec compte-t-il plus de krishnas que de Rosicruciens ? Sont-ils devenus une communauté ethnique ? Une composante significative de notre société ? Pourtant ils ne sont qu’une branche un peu perdue de l’hindouisme occidental, pour ne pas dire une simple secte ayant eu son lot d’accusations pour mauvaise conduite.

Un défilé sans âme, sans sens de l’histoire, sans signification évidente. Les «géants», ces personnages historiques qui marquaient les défilés des dernières années, ont disparus. Trop chargés de signification sans doute pour un peuple dont la devise est «Je me souviens»… Un simple assemblage de gens qui cherchent à s’amuser dans la rue. Est-ce là suffisant pour nourrir une fête «nationale» ? Bien sûr il ne s’agit pas de faire une fête nationaliste qui exclurait la diversité culturelle et les origines diverses de ceux et celles qui composent cette «nation québécoise». Mais la représenter par des «bêtes oniriques» et des «krishnas» ? Ouch ! À force de diluer le sens on devient insignifiant !

24 juin 2013

Paru dans le quotidien montréalais Le Devoir, le 26 juin 2013 (http://www.ledevoir.com/politique/quebec/381599/un-defile-sans-ame-sans-sens-de-l-histoire)