Archives mensuelles : septembre 2013

Que l’été finisse au plus sacrant ! (17/09/2013)

N’allez pas croire que je n’aime pas l’été. N’allez surtout pas croire que je n’ai pas passé un bel été. Mais l’été 2013 n’a rien apporté de positif au Québec. Que non ! Les premières nuits froides et la première neige dans le grand nord nous laissent entrevoir LE grand changement annuel de température. Si ça pouvait être pareil sur la planète…

Petit retour sur un été à oublier.

Construction

L’été a commencé avec la grève dans la construction. Je ne reviendrai pas sur les ententes conclues dans les secteurs voirie, génie civil et résidentiel. Celles-ci appartiennent aux travailleuses et travailleurs qui les ont acceptées. Mais pour les 100,000 qui travaillent dans les secteurs institutionnel, commercial et industriel, c’est partie remise. Le gouvernement a en effet adopté une loi spéciale (une autre !) pour mettre fin à la grève et repousser la négociation à l’année qui vient. Un autre décret favorisant les employeurs au détriment du droit de négocier des travailleurs et travailleuses. On se croirait à Ottawa ! Ce décret pourrait aussi risquer de désynchroniser la négociation de cet important secteur avec celui des autres…

Mégantic

Ensuite nous avons eu l’horreur de la catastrophe du Lac Mégantic. Encore une fois le capitalisme nous montre son vrai visage : faire de l’argent à n’importe quel prix, quitte à tuer du monde en passant… Le respect des humains ne fait pas partie des préoccupations de ces «entrepreneurs» pour qui le profit est la seule religion. Toutes ces morts inutiles, ces vies brisées, l’ont été sur l’autel du système économique. Ne nous trompons pas : on aura beau trouver des coupables ou identifier des «erreurs humaines» ayant provoqué la catastrophe, ce n’est que l’appât du gain qui est le véritable motif ayant emporté des vies dans cette petite ville sympathique. Autant je suis triste pour les familles touchées, autant je suis en colère contre ce système sans cœur.

Le rapport D’Amours et les retraites

Il y a deux ans, alors que j’étais président de la CSN, j’avais prédit à M. D’Amours que son rapport serait tabletté. Non pas à cause de l’intelligence ou de la compétence des membres de son comité, mais parce que les régimes de retraite doivent être revus dans le contexte d’un nouveau pacte social entre le gouvernement, les employeurs et les syndicats. D’ailleurs, le Conseil du patronat, la CSN et la FTQ avaient fait la même proposition au gouvernement Charest : mettre sur pied rapidement un comité de travail pour revoir l’ensemble des protections à la retraite. Une «alliance» rare, une occasion unique pour amorcer un débat difficile qui aurait demandé aux trois principaux intéressés un courage que, de toute évidence, le gouvernement n’avait pas.

Deux années perdues, alors que les régimes de retraite sont malmenés, que de plus en plus de gens approchent de la retraite sans avoir l’assurance de pouvoir vivre dignement jusqu’à la fin de leurs jours et alors que de plus en plus de jeunes se voient floués par un système qui leur demande de contribuer plus pour probablement obtenir moins que leurs aînés.

Aujourd’hui, jour de rapport de la commission parlementaire qui a siégé cet été, je compatis avec les membres du comité D’Amours qui, sans doute de bonne foi, ont investi dans cette réflexion que les politiques ne veulent pas faire. La seule voie pour sortir de l’impasse actuelle est d’impliquer les véritables acteurs des régimes de retraite et de les amener à un nouveau pacte qui fera en sorte que tous les travailleurs et toutes les travailleuses puissent compter sur une base stable et suffisante pour vivre dignement leurs vieux jours. Tout un défi ! Mais un défi qu’il faudra affronter rapidement.

La fameuse charte pseudo-laïcité

Il y a trente ans, le livre de Sébastien Japrisot, L’Été meurtrier, était porté à l’écran. C’est sans doute ce qui a inspiré le P.Q. à nous présenter cet été sa Charte des valeurs québécoises. Le roman porte sur le viol d’une «étrangère» qui amènera l’enfant né de ce drame à la vengence puis à la mort d’innocents. Une petite leçon de vie qui nous rappelle que le passé n’est pas «réparable» et que la folie nous guette lorsque nous ne regardons pas résolument vers l’avenir…

Notre histoire collective est très importante et nous devrions en tirer des leçons. Ici au Québec, notre histoire a de multiples facettes mais le fondement collectif est plutôt «simple»: fils et filles d’immigrants venus s’installer sur la terre de ceux que nous appelons aujourd’hui les Premières Nations. Comment, sans nier nos origines, sans se laisser obnubiler par notre courte expérience personnelle et par le vécu collectif des 450 dernières années, définir les valeurs qui cimentent TOUTE la collectivité québécoise ? Cela demande une réflexion plurielle et sereine que ne semble pas avoir déclenché la proposition faussée, pseudo-laïque, faite par le gouvernement actuel.

Je reviendrai plus amplement sur cette question dans une autre chronique. Mais je crois que le peuple québécois ne peut pas se définir dans le cadre d’une proposition «électoraliste». Il faut sans doute discuter collectivement de ce que nous voulons comme projet social en y incluant la place des religions et de leurs manifestations ostentatoires ou non. Mais aucun groupe ne peut porter seul cette proposition. On n’impose pas le consensus de la vie commune, on le définit ensemble et chacun doit y trouver son espace, quitte à mettre de côté certaines demandes que les autres considèrent mal venues…

BPC

Vingt-cinq ans après la catastrophe de St-Basile, les biphényles polychlorés, les BPC, reviennent nous hanter. Ce produit de la science (années 1920), qui devait améliorer notre vie en facilitant l’échange de chaleur dans le matériel électrique ou hydraulique, s’est révélé ensuite un ennemi grave du genre humain. Et on apprend qu’il est encore utilisé et emmagasiné dans nos communautés sans aucune précaution. Désolant, non ? Allons-nous comprendre que pour nous protéger de la cupidité de certains capitalistes nous devons nous mobiliser collectivement et briser la sacro-sainte «propriété individuelle» lorsque nous sommes menacés ? Le libre marché mène nécessairement aux abus et il n’y a que notre pouvoir collectif, un gouvernement responsable, pour réguler cette folie meurtrière. Qui protègera notre environnement si nous avons les mains liées par des lois qui protègent les bandits pollueurs ? Qui paiera les pots cassés si nous ne taxons pas, ne saisissons pas les avoirs de ces pollueurs ? Combien de catastrophes comme Bhopal en Inde ou St-Basile ou Lac Mégantic devons-nous subir avant d’agir ?

Ailleurs… Syrie et USA

Depuis deux ans, le peuple syrien vit la peur, la terreur, la mort et le désespoir. Ce n’est pas le seul meurtre collectif qui sévit sur la planète malheureusement. Mais l’utilisation, en août, de gaz sarin pour tuer plus d’un millier de personnes en banlieue de Damas, constitue une étape qui nous rappelle que nous sommes tous des syriens potentiels. Combien de fois ai-je entendu «On est-tu bien ici ! Pas de guerre, pas de famine, pas trop de tueries…». C’est vrai. Mais cela est fragile ; aussi fragile que la vie. Voilà pourquoi nous devons manifester notre volonté de paix et faire «échec à la guerre», partout ! Je l’ai dit dans le cas du Lac Mégantic, mais l’appât du gain, de l’accumulation de biens, de capital, est une source de conflits, de mort. C’est sans doute très bien de «détruire» les armes chimiques syriennes. Mais si cette guerre se poursuit, le peuple syrien souffrira encore et encore. C’est aussi cette guerre et les autres qu’il faut dénoncer. C’est l’existence même d’armes, chimiques ou non, qu’il faut dénoncer.

Une autre tuerie vient de se produire aux Etats-Unis : un ancien marine a assassiné douze personnes dans des bureaux de la marine américaine. Un défenseur de la prolifération des armes à feu disait, suite à la tuerie de 28 enfants à Newtown il y a  9 mois : «Plus d’armes, plus de sécurité». Dans la dernière année, le président Obama nous a fait de beaux discours sur le contrôle des armes à feu. Mais il n’a rien pu faire tellement l’idée de se protéger avec une arme à feu a fait son chemin dans la population américaine. Si la folie ne porte pas toujours à tuer, on voit que lorsqu’elle est accompagnée d’armes, elle le facilite certainement… Triste, triste.

Bon, deux points positifs pour finir !

USA : Les travailleurs et travailleuses des «fast-food» se manifestent pour améliorer leur sort ! Ils demandent ni plus ni moins que le doublement de leurs salaires ! Exploités par les McDonald, Wendy’s, Burger King et autres resto-rapides américains, ces travailleurs et travailleuses secouent les grandes villes américaines et le fameux rêve américain en mettant le doigt sur l’exploitation éhontée dont ils et elles sont victimes. Une bonne nouvelle dans ce pays où les syndicats ont été durement frappés ces dernières années. Voir le site de leur mouvement Fast Food Forward.

Ottawa : C’est une bonne nouvelle contenue dans un geste anti démocratique du gouvernement Harper : pour éviter de passer plusieurs semaines à défendre les sénateurs et les gestes scandaleux posés pour soutenir certains d’entre eux, M. Harper a prorogé la session parlementaire, mettant ainsi fin aux travaux en cours. Parmi les projets de loi qui «tombent» le C-377 qui obligeait les syndicats à rendre des comptes publics comme s’ils étaient des voleurs présumés. Remarquez que je suis partisan de la transparence des syndicats envers leurs membres et je crois que la CSN n’a pas de leçons à recevoir du gouvernement Harper sur ce sujet. Je crois aussi que les membres de tous les syndicats sont en droit d’exiger cette transparence de leurs organisations centrales. Mais je ne crois pas qu’il faille obliger les syndicats à rendre publiques toutes leurs dépenses de $5,000 et plus, donnant ainsi au gouvernement la liste de leurs fournisseurs et des organisations à qui elles offrent de l’aide. Surtout que le gouvernement ne demandait pas la même chose aux entreprises et aux organisations patronales. L’objectif derrière tout ça consistait à éventuellement interdire aux syndicats de soutenir des causes dites politiques, les museler dans le débat public et les rendre plus vulnérables devant les employeurs. Espérons qu’aucun autre illuminé ne viendra utiliser le parlement canadien pour attaquer les syndicats qui sont bien plus près du peuple canadien que ne le sont les conservateurs !

Bon, je m’arrête avant que l’automne ne débute !

Je souhaite quand même que vous ayez passé un bel été et que vous soyez en forme pour un automne chaud !

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