Rapport Godbout : mise à mort de l’État social !

Au-delà des chiffres, des propositions et des objectifs avoués de la réforme proposée par M. Luc Godbout et son groupe de travail, il ne s’agit pas seulement ici de modifier telle mesure et d’en créer une nouvelle dans un autre domaine. D’ailleurs, le rapport nous propose un projet «global» qu’il ne faudrait pas appliquer à la pièce et encore moins dans lequel on pourrait choisir les quelques réformes qui font l’affaire de groupes de pression choisis.

Non, le rapport Godbout propose ni plus ni moins la fin du «welfare state», ce qu’ici on appelle l’État Providence. Cet État social, basé sur la juste contribution de ses membres, individus et entreprises, qui mettent en commun, selon leurs capacités, des services offerts à tous, sur tout le territoire et au meilleur prix. Ces services publics peuvent être gratuits ou à contribution unique pour tous; mais ils sont financés par un système d’impôt où, idéalement, la contribution varie selon la capacité de payer des contribuables (le mot dit bien en quoi consiste la fonction).

Les tenants du libre marché et d’une place privilégiée aux financiers et investisseurs, cherchent depuis longtemps à revenir au capitalisme primaire du début du XXe siècle. Ils combattent depuis lors toutes les mesures sociales auxquelles ils sont tenus de contribuer. Leur idée de base consiste à dire que la croissance économique, faite librement par des capitalistes égoïstes, créerait une telle richesse qu’elle retomberait d’elle-même sur toutes les couches de la population. Leur plus grand ennemi? Les impôts! Pourquoi? Parce que ce système les «taxe» d’autant plus qu’ils s’enrichissent. Or, les riches ne sont jamais assez riches et toute mesure qui vient réduire l’écart entre leur richesse et les revenus moyens du reste de la population les horripile. L’idéologie capitaliste n’a jamais créé une répartition juste de la richesse envers ceux et celles qui la produisent, les travailleurs et travailleuses, les créateurs, les artistes, etc.

Proposer de ramener les impôts à une proportion minimale des revenus de l’État, signifie que celui-ci ne sera plus un répartiteur de la richesse. Il n’aura plus la capacité d’imposer les choix collectifs pour l’existence de tel ou tel service. Il ne pourra plus utiliser sa capacité de «saisir» une juste part de la richesse produite auprès de ceux et celles qui s’enrichissent au détriment de la majorité. La seule option qui lui restera pour augmenter ses revenus, sera de taxer les utilisateurs de services ou les consommateurs de biens. Or, les riches sont les moins touchés par les taxes sur les biens et services, puisque la consommation de biens et services essentiels représente une part moins grande de leurs dépenses comparativement à une personne à revenu faible ou moyen.

On peut bien discuter longuement de la valeur des mesures proposées dans le rapport Godbout. Mais, fondamentalement, la véritable proposition qui est faite est celle de passer d’un État social à un État absent ou chétif; passer de citoyens à consommateurs; passer de la démocratie à une féodalité capitaliste.

Je ne veux pas de cet avenir pour mes enfants. Nous avons quitté la France royaliste il y a quatre cents ans et avons tenté d’établir ici une société plus juste, moins hiérarchique. Nous sommes sortis de la misère et de la grande noirceur depuis à peine soixante ans. Depuis, nous nous sommes donné un État social inachevé mais fonctionnel. Oui il faut le rendre plus conforme à nos attentes. Oui, il faut le financer adéquatement pour éviter l’endettement systématique. Mais il faut surtout partager entre toutes les composantes de la société, individus comme entreprises, le coût de cet investissement collectif qu’est l’État social. Faire sa juste part? Il n’y a que l’impôt qui peut permettre d’y arriver.

Louis Roy

Ex président de la Confédération des syndicats nationaux (CSN)

Paru dans le Journal de Montréal, le 27 mars 2015

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