Tragédie de L’Isle Verte: 44 ans plus tard, un second Notre-Dame du Lac.

La vieillesse : notre futur à tous!

2 décembre 1969. Un vieil édifice en bois, au cœur d’un magnifique village du Témiscouata, est la proie des flammes. Ancien hôtel transformé en maison de chambres, le bâtiment est une perte totale. Cette nuit-là, «Le Repos du Vieillard» deviendra le repos éternel pour trente-huit résidents âgés. Parmi eux, mon grand-père Ludger Roy. Un fier bûcheron de plus de 70 ans, droit et fort comme les arbres qui l’ont accompagné toute sa vie. Les noisettes qu’il gardait sous son lit de fer, dans des boîtes à chaussures, et qui faisaient notre régal lors de nos visites estivales, seront un souvenir que je conserverai de cette «cellule» dans laquelle il dormait. Cette «chambre», était tout près de l’escalier extérieur au bout de l’édifice et bien qu’il ne fût pas un des «patients» attachés à leur lit pour cause de démence, mon grand-père n’a pas survécu à cette catastrophe. On l’aurait, semble-t-il, vu à l’extérieur du bâtiment au tout début de l’incendie. Est-il retourné à l’intérieur pour aider ses colocataires ou pour chercher le peu de biens qu’il avait conservé précieusement? Nous ne le saurons jamais.
La seule certitude que nous aurons, c’est que cet édifice n’aurait jamais dû héberger nos «vieillards». Pas seulement parce qu’il était vétuste. Mais parce qu’il était mal administré. Celui qui sera accusé et condamné pour avoir mis le feu au bâtiment était lui-même un des soixante-dix résidents, homme à tout faire «bénévole»… Un «irresponsable»; mais d’autres étaient tout aussi irresponsables des conditions d’hébergement et de l’absence de service aux résidents dans le besoin. Un «nique-à-feu» et une «machine à faire de l’argent». Exploitation des plus démunis de notre société ; face cachée d’une société où vieillir est une tare et où on peut faire de l’argent avec la misère des autres.
Cette tragédie aura sans doute servi à accélérer la mise en place de centres d’accueils publics pour les personnes âgées au Québec. Elle aura aussi secoué le monde des foyers et hospices privés par la mise en place de normes d’inspections municipales et gouvernementales. À partir de 1970, les conditions d’hébergement, de soins et de services publics ont permis d’améliorer grandement la vie de nos personnes âgées.
Quarante-quatre ans plus tard, nous voici avec une autre tragédie dans une résidence de personnes âgées. Trente-deux aînés disparus à l’Isle Verte. La communauté, tissée aussi serrée qu’à Notre Dame du Lac, s’en remettra malgré les cicatrices indélébiles que laissera cette tragédie. Je souhaiterais que tout comme lord de l’incendie de 1969, tous ces morts servent à déclencher une réflexion sur la place de nos aînés dans la société. Et pas juste pour savoir s’il faut des gicleurs et plus de personnel dans nos résidences pour aînés. Cela me semble quelque chose qui va de soi et aurait déjà dû être fait depuis longtemps.
J’avais 16 ans quand mon grand-père est mort tragiquement. Une colère m’habite depuis. Une colère envers notre laisser-aller collectif, envers des politiciens incapables de soutenir les années de fin de vie de la population; une colère envers ces exploiteurs de la misère, de la vieillesse, de la fragilité de ces corps usés.
«Parquer» nos aînés dans des résidences mouroirs, fussent-elles belles, accueillantes et sécuritaires, constitue envers eux un mépris de leur apport collectif, de leurs capacités intellectuelles et artistiques. Cacher la vieillesse sous le tapis n’empêchera personne de vieillir. Vieillir c’est le futur de tous. Autant préparer une meilleure place dans la société à ce qui nous attend tous et toutes!

Louis Roy
Ex président de la Confédération des syndicats nationaux (CSN)
27 Janvier 2014
http://www.ledevoir.com/societe/actualites-en-societe/398343/la-vieillesse-notre-avenir-a-tous

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L’ère de l’opinion instantanée (1er octobre 2013)

N’allez pas croire que je suis contre le fait que nous puissions avoir une opinion sur presque tout ce qui se passe dans notre belle province et ailleurs. Mais il me semble que nous dégainons pas mal vite sur tout ce qui bouge dans l’actualité. Pas le temps de réfléchir et encore moins de discuter sereinement pour se forger une opinion! Tout de suite on nous demande de dire si nous sommes pour ou contre. Tous les journaux ont des sondages d’opinion en ligne et ils nous offrent tous de réagir sur le champ aux propos de leur blogueurs.

Les radios aussi ont pris ce virage. Les radios d’opinion, ce que certains appellent les «radio poubelles», le font depuis quelques années à la droite du spectre politique. Même la bonne vieille radio publique se transforme en une radio d’opinion! Bien sûr il y avait «Maisonneuve à l’écoute» qui offrait à quelques auditeurs par jour de commenter l’actualité. Mais maintenant, avec l’émission matinale de Marie-France Bazeau, nous sommes bombardés d’opinions dès notre réveil. L’information y est encore un peu présente, mais on nous rabat les oreilles d’opinions de «debaters» professionnels et de «twitters» souvent déchaînés dès les premières heures de l’aube.

Et puis il y a les sondages qui viennent nous donner une image collective de nos opinions. Là, pas de débat, juste une photo prise par une caméra dirigée sur ce qu’elle veut bien nous montrer de la «réalité»…

Mais tout cela nous amène-t-il à nous forger vraiment une opinion collective ou ne s’agirait-il pas plutôt de cristalliser des opinions individuelles dans des champs les plus contradictoires possibles? Cela n’amène-t-il pas de l’eau au moulin des extrémismes quels qu’ils soient? Si c’était le cas, ça serait bien la première fois qu’avoir une opinion ne servirait pas la démocratie!

Bien sûr j’ai quelques opinions bien arrêtées et, permettez-moi de le croire, fondées sur mon savoir, mon expérience, mon analyse ET la contribution de personnes ne partageant pas mon opinion. Ça fait longtemps que je ne crois plus aux consensus unanimes et que je me suis rallié à la conception de Gérald Larose sur les «consensus majoritaires» (sic)!

Tiens, je prends un exemple de ce matin : dans le Journal de Montréal revampé, Richard Martineau (qui d’autre?) y va d’une sortie en règle contre les syndicats. Remarquez que sa chronique n’est pas dans la section «Opinion» du journal,  mais dans la section «Actualités», ajoutant à la confusion entre opinion et nouvelle. Mais bon, passons outre ce «léger» détail. Sous prétexte de comparer la façon dont les critiques envers les syndicats sont reçues en France ou au Québec, M.Martineau  y va d’une sortie en règle sur le supposé pouvoir des syndicats qui «tiennent littéralement le gouvernement par les bijoux de famille». En bonus, son texte est accompagné d’une photo de M.Ken Perreira qui témoigne à la Commission Charbonneau sur des allégations de fraude dans UN syndicat, la FTQ Construction. Son opinion est placée juste à côté d’un article qui porte sur le rejet d’une demande de M.Michel Arseneault, président de la FTQ et du Fonds de Solidarité, à l’effet que la Commission ne puisse utiliser des écoutes téléphoniques le concernant lors de ses séances publiques. Finalement, son texte est coiffé du titre suivant : «Le syndicalisme : une religion intouchable?». Ça fait pas mal de messages «subliminaux» sous prétexte d’information, non?

C’est une opinion assez répandue chez les tenants du capitalisme sauvage que «les syndicats ont trop de pouvoir». J’ai eu l’occasion d’en débattre assez souvent pour me rendre compte que cette opinion est fondée sur de mauvaises expériences personnelles et sur la répétition de lieux communs ou d’informations incomplètes. Si on posait la question «est-ce que les travailleurs et les travailleuses ont trop de pouvoir dans notre société?», peut-être nous approcherions-nous d’un débat pas mal plus intéressant. Mais il est si facile de mettre tous les syndicats dans le même panier à partir d’exemples tronqués.

Si M.Martineau voulait faire œuvre utile, il ouvrirait des débats d’opinion qui permettraient un échange constructif. Avoir des espaces d’intervention publique devrait imposer certains devoirs envers les tenants des opinions contraires, et plus que de simplement leur offrir de réagir dans un blogue de dialogue de sourds. Si les français peuvent sereinement se varloper politiquement dans les journaux c’est que là-bas de multiples média sont, soit identifiés à des courants de pensées politiques, soit capables d’une neutralité favorisant les débats. Ici nos média de masse sont faussement apolitiques et inaccessibles ou presque à ceux qu’on appelle la gauche…

Si M.Martineau me permettait de vraiment débattre avec lui, il saurait que je suis d’accord avec quelques-unes de ses affirmations… Ainsi, celles et ceux qui m’ont entendu par le passé savent que j’aimais justement dire aux membres que le syndicalisme n’est pas une religion. Qu’ils devaient prendre leur syndicat en main s’ils ne voulaient pas le voir s’éloigner de leurs préoccupations. Qu’ils devaient s’impliquer s’ils voulaient que leur syndicat ait un véritable pouvoir face à leur employeur et face aux législateurs. Oui les syndicats sont des groupes de pression! Plus ils sont argumentés, présents auprès des employeurs et sur la place publique, plus ils peuvent défendre et faire avancer la cause des travailleuses et des travailleurs.

J’ai toujours dénoncé les faux syndicalistes qui utilisaient nos organisations pour leur propre profit. J’ai toujours dit qu’il n’y avait pas d’organisation humaine qui ne pouvait être améliorée; que la bureaucratie guette toute organisation qui s’éloigne de ses objectifs premiers et ne vit plus que pour elle-même. Bref, nous pourrions trouver quelques points de rencontre. Mais fondamentalement je ne pourrais supporter ces faux débats qui ne servent qu’à se créer un personnage médiatique qui lui ne vise qu’à enrichir son marionnettiste…

Mais je suis prêt à en débattre!

Que l’été finisse au plus sacrant ! (17/09/2013)

N’allez pas croire que je n’aime pas l’été. N’allez surtout pas croire que je n’ai pas passé un bel été. Mais l’été 2013 n’a rien apporté de positif au Québec. Que non ! Les premières nuits froides et la première neige dans le grand nord nous laissent entrevoir LE grand changement annuel de température. Si ça pouvait être pareil sur la planète…

Petit retour sur un été à oublier.

Construction

L’été a commencé avec la grève dans la construction. Je ne reviendrai pas sur les ententes conclues dans les secteurs voirie, génie civil et résidentiel. Celles-ci appartiennent aux travailleuses et travailleurs qui les ont acceptées. Mais pour les 100,000 qui travaillent dans les secteurs institutionnel, commercial et industriel, c’est partie remise. Le gouvernement a en effet adopté une loi spéciale (une autre !) pour mettre fin à la grève et repousser la négociation à l’année qui vient. Un autre décret favorisant les employeurs au détriment du droit de négocier des travailleurs et travailleuses. On se croirait à Ottawa ! Ce décret pourrait aussi risquer de désynchroniser la négociation de cet important secteur avec celui des autres…

Mégantic

Ensuite nous avons eu l’horreur de la catastrophe du Lac Mégantic. Encore une fois le capitalisme nous montre son vrai visage : faire de l’argent à n’importe quel prix, quitte à tuer du monde en passant… Le respect des humains ne fait pas partie des préoccupations de ces «entrepreneurs» pour qui le profit est la seule religion. Toutes ces morts inutiles, ces vies brisées, l’ont été sur l’autel du système économique. Ne nous trompons pas : on aura beau trouver des coupables ou identifier des «erreurs humaines» ayant provoqué la catastrophe, ce n’est que l’appât du gain qui est le véritable motif ayant emporté des vies dans cette petite ville sympathique. Autant je suis triste pour les familles touchées, autant je suis en colère contre ce système sans cœur.

Le rapport D’Amours et les retraites

Il y a deux ans, alors que j’étais président de la CSN, j’avais prédit à M. D’Amours que son rapport serait tabletté. Non pas à cause de l’intelligence ou de la compétence des membres de son comité, mais parce que les régimes de retraite doivent être revus dans le contexte d’un nouveau pacte social entre le gouvernement, les employeurs et les syndicats. D’ailleurs, le Conseil du patronat, la CSN et la FTQ avaient fait la même proposition au gouvernement Charest : mettre sur pied rapidement un comité de travail pour revoir l’ensemble des protections à la retraite. Une «alliance» rare, une occasion unique pour amorcer un débat difficile qui aurait demandé aux trois principaux intéressés un courage que, de toute évidence, le gouvernement n’avait pas.

Deux années perdues, alors que les régimes de retraite sont malmenés, que de plus en plus de gens approchent de la retraite sans avoir l’assurance de pouvoir vivre dignement jusqu’à la fin de leurs jours et alors que de plus en plus de jeunes se voient floués par un système qui leur demande de contribuer plus pour probablement obtenir moins que leurs aînés.

Aujourd’hui, jour de rapport de la commission parlementaire qui a siégé cet été, je compatis avec les membres du comité D’Amours qui, sans doute de bonne foi, ont investi dans cette réflexion que les politiques ne veulent pas faire. La seule voie pour sortir de l’impasse actuelle est d’impliquer les véritables acteurs des régimes de retraite et de les amener à un nouveau pacte qui fera en sorte que tous les travailleurs et toutes les travailleuses puissent compter sur une base stable et suffisante pour vivre dignement leurs vieux jours. Tout un défi ! Mais un défi qu’il faudra affronter rapidement.

La fameuse charte pseudo-laïcité

Il y a trente ans, le livre de Sébastien Japrisot, L’Été meurtrier, était porté à l’écran. C’est sans doute ce qui a inspiré le P.Q. à nous présenter cet été sa Charte des valeurs québécoises. Le roman porte sur le viol d’une «étrangère» qui amènera l’enfant né de ce drame à la vengence puis à la mort d’innocents. Une petite leçon de vie qui nous rappelle que le passé n’est pas «réparable» et que la folie nous guette lorsque nous ne regardons pas résolument vers l’avenir…

Notre histoire collective est très importante et nous devrions en tirer des leçons. Ici au Québec, notre histoire a de multiples facettes mais le fondement collectif est plutôt «simple»: fils et filles d’immigrants venus s’installer sur la terre de ceux que nous appelons aujourd’hui les Premières Nations. Comment, sans nier nos origines, sans se laisser obnubiler par notre courte expérience personnelle et par le vécu collectif des 450 dernières années, définir les valeurs qui cimentent TOUTE la collectivité québécoise ? Cela demande une réflexion plurielle et sereine que ne semble pas avoir déclenché la proposition faussée, pseudo-laïque, faite par le gouvernement actuel.

Je reviendrai plus amplement sur cette question dans une autre chronique. Mais je crois que le peuple québécois ne peut pas se définir dans le cadre d’une proposition «électoraliste». Il faut sans doute discuter collectivement de ce que nous voulons comme projet social en y incluant la place des religions et de leurs manifestations ostentatoires ou non. Mais aucun groupe ne peut porter seul cette proposition. On n’impose pas le consensus de la vie commune, on le définit ensemble et chacun doit y trouver son espace, quitte à mettre de côté certaines demandes que les autres considèrent mal venues…

BPC

Vingt-cinq ans après la catastrophe de St-Basile, les biphényles polychlorés, les BPC, reviennent nous hanter. Ce produit de la science (années 1920), qui devait améliorer notre vie en facilitant l’échange de chaleur dans le matériel électrique ou hydraulique, s’est révélé ensuite un ennemi grave du genre humain. Et on apprend qu’il est encore utilisé et emmagasiné dans nos communautés sans aucune précaution. Désolant, non ? Allons-nous comprendre que pour nous protéger de la cupidité de certains capitalistes nous devons nous mobiliser collectivement et briser la sacro-sainte «propriété individuelle» lorsque nous sommes menacés ? Le libre marché mène nécessairement aux abus et il n’y a que notre pouvoir collectif, un gouvernement responsable, pour réguler cette folie meurtrière. Qui protègera notre environnement si nous avons les mains liées par des lois qui protègent les bandits pollueurs ? Qui paiera les pots cassés si nous ne taxons pas, ne saisissons pas les avoirs de ces pollueurs ? Combien de catastrophes comme Bhopal en Inde ou St-Basile ou Lac Mégantic devons-nous subir avant d’agir ?

Ailleurs… Syrie et USA

Depuis deux ans, le peuple syrien vit la peur, la terreur, la mort et le désespoir. Ce n’est pas le seul meurtre collectif qui sévit sur la planète malheureusement. Mais l’utilisation, en août, de gaz sarin pour tuer plus d’un millier de personnes en banlieue de Damas, constitue une étape qui nous rappelle que nous sommes tous des syriens potentiels. Combien de fois ai-je entendu «On est-tu bien ici ! Pas de guerre, pas de famine, pas trop de tueries…». C’est vrai. Mais cela est fragile ; aussi fragile que la vie. Voilà pourquoi nous devons manifester notre volonté de paix et faire «échec à la guerre», partout ! Je l’ai dit dans le cas du Lac Mégantic, mais l’appât du gain, de l’accumulation de biens, de capital, est une source de conflits, de mort. C’est sans doute très bien de «détruire» les armes chimiques syriennes. Mais si cette guerre se poursuit, le peuple syrien souffrira encore et encore. C’est aussi cette guerre et les autres qu’il faut dénoncer. C’est l’existence même d’armes, chimiques ou non, qu’il faut dénoncer.

Une autre tuerie vient de se produire aux Etats-Unis : un ancien marine a assassiné douze personnes dans des bureaux de la marine américaine. Un défenseur de la prolifération des armes à feu disait, suite à la tuerie de 28 enfants à Newtown il y a  9 mois : «Plus d’armes, plus de sécurité». Dans la dernière année, le président Obama nous a fait de beaux discours sur le contrôle des armes à feu. Mais il n’a rien pu faire tellement l’idée de se protéger avec une arme à feu a fait son chemin dans la population américaine. Si la folie ne porte pas toujours à tuer, on voit que lorsqu’elle est accompagnée d’armes, elle le facilite certainement… Triste, triste.

Bon, deux points positifs pour finir !

USA : Les travailleurs et travailleuses des «fast-food» se manifestent pour améliorer leur sort ! Ils demandent ni plus ni moins que le doublement de leurs salaires ! Exploités par les McDonald, Wendy’s, Burger King et autres resto-rapides américains, ces travailleurs et travailleuses secouent les grandes villes américaines et le fameux rêve américain en mettant le doigt sur l’exploitation éhontée dont ils et elles sont victimes. Une bonne nouvelle dans ce pays où les syndicats ont été durement frappés ces dernières années. Voir le site de leur mouvement Fast Food Forward.

Ottawa : C’est une bonne nouvelle contenue dans un geste anti démocratique du gouvernement Harper : pour éviter de passer plusieurs semaines à défendre les sénateurs et les gestes scandaleux posés pour soutenir certains d’entre eux, M. Harper a prorogé la session parlementaire, mettant ainsi fin aux travaux en cours. Parmi les projets de loi qui «tombent» le C-377 qui obligeait les syndicats à rendre des comptes publics comme s’ils étaient des voleurs présumés. Remarquez que je suis partisan de la transparence des syndicats envers leurs membres et je crois que la CSN n’a pas de leçons à recevoir du gouvernement Harper sur ce sujet. Je crois aussi que les membres de tous les syndicats sont en droit d’exiger cette transparence de leurs organisations centrales. Mais je ne crois pas qu’il faille obliger les syndicats à rendre publiques toutes leurs dépenses de $5,000 et plus, donnant ainsi au gouvernement la liste de leurs fournisseurs et des organisations à qui elles offrent de l’aide. Surtout que le gouvernement ne demandait pas la même chose aux entreprises et aux organisations patronales. L’objectif derrière tout ça consistait à éventuellement interdire aux syndicats de soutenir des causes dites politiques, les museler dans le débat public et les rendre plus vulnérables devant les employeurs. Espérons qu’aucun autre illuminé ne viendra utiliser le parlement canadien pour attaquer les syndicats qui sont bien plus près du peuple canadien que ne le sont les conservateurs !

Bon, je m’arrête avant que l’automne ne débute !

Je souhaite quand même que vous ayez passé un bel été et que vous soyez en forme pour un automne chaud !

Journée d’appui aux prisonniers politiques. (27/06/2013)

Exploitation et résistance

Il y a plusieurs manières d’exploiter les gens. Les systèmes économiques sont particulièrement habiles pour ce faire. Le capitalisme étant sans doute le système qui a développé les plus subtiles façons de tirer le maximum de la force ouvrière sans en payer le prix et même en profitant encore et toujours de ceux et celles qui produisent les richesses en leur permettant de s’endetter pour acquérir ce qu’ils produisent… Sans parler des désirs suscités par la publicité et le gonflage de voisins !

Il y a moins de façons pour faire taire les gens. On peut les discréditer et les faire passer pour des excentriques presque fous ; on peut les acheter ; on peut leur faire peur et les faire chanter ; on peut les emprisonner ou même les faire disparaître à jamais. Alors quand des gouvernements ou des groupes assoiffés de pouvoir et d’argent décident de museler leurs opposants, ils n’hésitent pas à frapper fort, quitte à priver tout un peuple de ses libertés fondamentales.

Mais les gens honnêtes, les militantes et militants de cœur, résistent toujours aux actes ignobles de ceux qui veulent les faire taire. Les militantes et militants de cœur ne sont pas achetables ! Et une fois qu’ils ont surmonté la peur, ils sont encore plus courageux ! Alors que reste-t-il aux oppresseurs pour nous faire taire ? La prison, la torture, la mort.

Gouvernements du peuple ou du business ?

Le Comité des libertés syndicales du Bureau International du Travail (BIT) a souligné, en juin dernier, que plusieurs pays utilisaient encore l’emprisonnement de syndicalistes pour contrer le droit au travail, à la syndicalisation et à la négociation. Ces gouvernements ont choisi leur camp : celui des entreprises au détriment de leur population. Le Myanmar, le Guatemala, l’Iran  et le Mexique ont fait l’objet de plaintes officielles au sujet de l’emprisonnement de syndicalistes. Mais ils ne sont pas les seuls. Loin de là ! L’automne dernier plusieurs syndicalistes turcs ont été emprisonnés. Et s’il fallait sortir un peu du champ du monde du travail, le nombre de pays qui emprisonnent leurs concitoyens pour délit d’opinion serait faramineux !

On n’a pas besoin d’être sous une dictature pour subir la pression et la répression contre notre liberté d’expression. Les William Assange et  Edward Snowden de ce monde savent que révéler les actes répréhensibles de gouvernements dits démocratiques est presqu’aussi dangereux  qu’être espion en territoire étranger ! Les «whistleblowers», dénonciateurs de pratiques frauduleuses dans leur entreprise ou même au gouvernement, n’ont pratiquement aucune protection et risquent le congédiement et les poursuites baillons.  Même chose pour les citoyens qui ont dénoncé l’utilisation de fausses informations téléphoniques par les conservateurs lors de la dernière élection fédérale ; idem pour les groupes environnementaux, chercheurs, auteurs, éditeurs qui ont dénoncé certaines pratiques de compagnies minières à l’étranger.

2 heures en prison pour vos opinions politiques et vous êtes un prisonnier politique !

Et puis je pourrais ajouter tous les manifestants qui se sont opposé à la hausse des droits de scolarité au Québec l’an dernier. Plusieurs ont été emprisonnés quelques heures pour avoir exprimé leur opinion dans la rue.  Arrêtés en vertu de règlements inacceptables ou de lois iniques, ces «jeunes» ne sont pas des bandits. Prisonniers politiques ? OUI !

L’utilisation de la prison comme moyen de dissuasion de l’expression d’un point de vue politique est tout aussi inacceptable, que l’emprisonnement ait duré 2 heures, 2 jours, 2 mois, 2 ans ou 20 ans. Les conséquences sur les individus sont les mêmes : la peur d’exprimer publiquement un point de vue divergent de celui du pouvoir en place. Une fois qu’un gouvernement prend goût à cela, qu’est-ce qui l’empêchera d’aller plus loin ?

Les néolibéraux ont des projets pour nous museler…

En 2011, le Chili avait déposé devant le Congrès national une proposition qui aurait permis l’emprisonnement de gens participant à des «troubles» ayant pour effet de «…paralyser ou interrompre un quelconque service public  ; … empêcher ou perturber la libre circulation des personnes ou des véhicules sur les ponts, dans les rues, sur les routes ou sur d’autres biens d’usage public similaires ; … outrager l’autorité ou ses agents». Une tentative qui n’a pas abouti concrètement. Mais on voit bien où les gouvernements néolibéraux veulent aller : faire suffisamment peur au peuple pour qu’il cesse de revendiquer, critiquer et surtout manifester.

Notre réponse : la résistance et la rue !

C’est contre ça qu’il faut continuer à se battre ! Notre liberté d’expression n’a pas de prix ! Voilà pourquoi il faut manifester contre les emprisonnements politiques partout sur la planète. À défaut de quoi nous aurons des peuples encore plus soumis et des gens comme vous, comme moi, en prison pour leurs idées ! Ayons une pensée spéciale pour Nelson Mandela, aujourd’hui à l’article de la mort. Les 27 années de prison à cause de ses opinions ont permis à tout un peuple de sortir d’une prison encore plus exécrable, l’apartheid sud-africain ! Rendons-lui hommage et remercions-le de nous avoir démontré que notre principale force est la résistance.

Liberté !

Collusion et corruption : faut-il pendre les magouilleurs ? (26/06/2013)

Pour ceux et celles qui ne le savent pas  je suis plutôt anti-capitaliste, socialiste et syndicaliste. Peu de patrons trouvent grâce à mes yeux ! Les exploiteurs, boursicoteurs, financiers, magouilleurs et voleurs me lèvent le cœur et je n’en ai pas une grande estime. Même dans ma carrière syndicale, lorsque j’ai eu à défendre des gens qui avaient volé l’institution publique, j’ai clairement expliqué à ces camarades de travail que leur geste n’avait pas de sens. On a beau prétexter que notre salaire n’est pas assez élevé, ce qui est sans doute vrai, que de toute façon il y a du gaspillage qui se fait à tous les niveaux, ça ne peut constituer une excuse à voler. Car au bout de la ligne, le vol c’est NOUS qui le payons par nos taxes et nos impôts. Je n’ai pas honte de les avoir défendus et faits réintégrer, même s’ils étaient coupables, et je suis convaincu qu’ils sont aujourd’hui plus conscients qu’ils ne règlent rien en chapardant une boîte de crayons, une fesse de bœuf ou une paire de draps ici et là…

Ne comptez pas sur moi pour faire la morale à tout le monde en disant que voler c’est péché ! Mais je crois cependant que nous ne pouvons vivre dignement en société si la corruption, la collusion et le vol sont érigés en système ! Pourtant, le système capitaliste est lui-même une arnaque, un vol constant de nos richesses collectives, de notre force de travail, de notre santé, de nos conditions de vie… Et Robin des Banques n’existe pas ! Il ne viendra pas nous redonner ce qu’on nous a volé…

Alors, comment peut-on empêcher les riches de se soustraire à l’impôt en mettant leur argent dans les paradis fiscaux ? Comment peut-on empêcher les entrepreneurs de «charger des extras» et de se faire payer «en-dessous de la table» ? Comment arrêter la collusion entre des firmes d’ingénieurs et des entrepreneurs qui «fixent» les prix à la hausse et mettent le surplus dans leurs bas, dans des condos, dans les poches des partis politiques municipaux, provinciaux et nationaux ? Comment dire aux «petits travailleurs» qu’ils doivent payer 35% d’impôt quand leur compagnie n’en paye pas un sou ou si peu, comme Rio Tinto ou Apple le font ouvertement ? Comment dire aux itinérants qu’ils ne doivent pas chiper une pomme au marché alors que des sénateurs à Ottawa nous volent des milliers de dollars en faux frais de déplacement ou de logement ?

Au temps de la Révolution française, en 1789, on aurait fait des  «exemples» en pendant aux lanternes quelques malfrats récalcitrants… Maintenant que nous avons compris que la peine de mort ne mène nulle part, comment «convaincre» tous ces voleurs de cesser leurs manœuvres frauduleuses ?

Je crois que la seule façon d’éviter ces dérives qui nous coûtent cher, c’est de s’impliquer collectivement dans l’administration de NOS affaires ! Et c’est vrai à tous les niveaux : autant dans notre syndicat que dans notre municipalité et dans notre pays ! NOTRE présence active est un gage de fonctionnement démocratique et honnête. Lorsque nous suivons de près l’administration publique, la gestion de notre argent et de nos espaces citoyens, celle-ci devient plus transparente, plus ouverte aux idées et plus fermée à la corruption.

Je sais que c’est facile à dire et moins évident à faire dans la «vraie» vie… Mais consacrer une soirée de temps en temps à l’administration municipale, au détriment d’une soirée de foot ou de hockey à la télé ou d’un téléroman qu’on peut de toute façon revoir sur internet, c’est un geste citoyen que nous devrons faire de plus en plus. À défaut de quoi nous nous exposons au risque de voir notre argent servir d’autres intérêts que les nôtres. Et puis, en s’impliquant et en étant un peu patients, nous allons trouver un intérêt nouveau pour prendre nous-mêmes en main notre vie collective. Ça nous évitera de la déléguer à des gens qui ne cherchent qu’à en profiter comme on l’a vu dans certaines municipalités du Québec. Ça nous évitera de chercher désespérément des «sauveurs» lorsque vient le temps d’élire NOTRE maire ou NOTRE  gouvernement…

Vous voulez sortir de la collusion, de la corruption ? Prenez en main votre collectivité ! Impliquez-vous quelques heures dans un comité citoyen ou syndical ; allez aux assemblées : si elles sont «plattes» exigez qu’elles soient à votre convenance ; exigez d’avoir l’information ; exigez d’avoir votre mot à dire !

Je l’ai dit, même nos syndicats ne sont pas à l’abri de cela. Je ne parle pas du vôtre évidemment ! Mais un syndicat fort c’est un syndicat où les membres sont présents, informés, intéressés et, surtout, mobilisés lorsque vient le temps de régler un problème. Et ça, ça ne se fait pas de façon spontanée : on donne un peu de temps régulièrement et lorsque vient le moment de s’impliquer activement, on sait pourquoi on le fait et on détermine ensemble «comment» on le fait. J’ai beaucoup d’admiration pour les gens qui occupent honnêtement des fonctions syndicales. Et je sais que leur plus belle «récompense» c’est lorsque que NOUS sommes présents dans les activités qu’ils organisent. Ils peuvent alors mieux sentir l’appui qu’on leur donne et, surtout, connaître NOTRE point de vue sur les gestes qu’ils posent en NOTRE nom. Le syndicat c’est NOUS ! Pas juste nos représentants-es qui travaillent au quotidien pour NOUS.

Briser le cercle vicieux de la collusion et de la corruption en passant la corde au cou des magouilleurs ? NON ! Il suffit de reprendre NOS affaires en main ! Il n’en tient qu’à NOUS !

Montréal: défilé de la Saint-Jean en quête de sens… (24/06/2013)

40 degrés Celsius dans une rue bondée de familles décorées de fleurs de lys bleues, portant drapeaux et bouteilles d’eau. Les enfants ont chaud, les adultes s’étirent le cou, les plus vieux sont assis qui sur les gazons, qui sur le trottoir ou encore, pour les plus prévoyants, sur des chaises de toiles apportées spécialement pour l’occasion. Bières et rafraîchissements glacés ne résistent pas longtemps aux soifs sans fin qui s’abattent sur les montréalais. D’autant que c’est presque la vraie première journée d’été après ce printemps décevant côté température comme coté politique. Bref, tous ont envie de fêter cette St-Jean initiatrice de l’été ou cette Fête Nationale pour un peuple sans pays…

La parade! La parade! Le son des tambours au loin annoncent que l’attente est presque terminée: c’est parti! Deux policiers motards ouvrent le chemin, l’air de se demander ce qu’ils font là à retenir leurs machines, avançant au pas sous leurs habits imaginés pour l’hiver nordique. Puis de drôles de bêtes, descendantes de Pinocchio, s’avancent, manipulées assez adroitement par des citoyens volontaires mais transpirants. Le ballet de ces marionnettes géantes serait sans doute intéressant si nous savions ce qu’elles représentent! Bêtes oniriques plus près de Sesame Street ou de poupées vaudous surdimensionnées privées de leurs épingles, tous se demandent bien ce qu’elles tentent de nous dire en ce jour de fête «nationale»… Est-ce là le symbole du multiculturalisme canadien, assemblage informe de traits culturels pigés à gauche ou à droite? Ou plutôt représentent-elles l’inter culturalisme où ces zombies de toile ont apporté chacun leur bagage génétique, le mêlant maladroitement dans un tout inidentifiable? Le Wendigo? Ah! Peut-être… Mais s’identifie-t-il soudain à la Fête Nationale? Lui qui défend les Premières Nations contre le cannibalisme que les blancs ont tant pratiqué contre leurs cultures…

Danseurs, acrobates, chanteurs, musiciens… Le défilé se poursuit sous le soleil de plomb. Il faut vraiment lever notre chapeau à ces participants qui donnent le meiulleur d’eux-mêmes au risque d’une déshydratation rapide. La foule les apprécie et le leur fait savoir! Rapidement, les quelques politiciens obligés d’être présents nous envoient la main. En contrepartie, des gens ont écrit sur des pancartes et bannières ce qu’ils pensent de leur action sociale: non aux compressions dans la santé, dans l’aide sociale, «menteurs» et autres opinions plutôt acerbes. Quelques gardes du corps bien dressés, scrutent la foule, tels des hiboux déguisés en pies.

Quelques percussionnistes passent rapidement, suivis d’une bande de krishnas virevoltants. Que font-ils là ? Nul ne le sait. Le Québec compte-t-il plus de krishnas que de Rosicruciens ? Sont-ils devenus une communauté ethnique ? Une composante significative de notre société ? Pourtant ils ne sont qu’une branche un peu perdue de l’hindouisme occidental, pour ne pas dire une simple secte ayant eu son lot d’accusations pour mauvaise conduite.

Un défilé sans âme, sans sens de l’histoire, sans signification évidente. Les «géants», ces personnages historiques qui marquaient les défilés des dernières années, ont disparus. Trop chargés de signification sans doute pour un peuple dont la devise est «Je me souviens»… Un simple assemblage de gens qui cherchent à s’amuser dans la rue. Est-ce là suffisant pour nourrir une fête «nationale» ? Bien sûr il ne s’agit pas de faire une fête nationaliste qui exclurait la diversité culturelle et les origines diverses de ceux et celles qui composent cette «nation québécoise». Mais la représenter par des «bêtes oniriques» et des «krishnas» ? Ouch ! À force de diluer le sens on devient insignifiant !

24 juin 2013

Paru dans le quotidien montréalais Le Devoir, le 26 juin 2013 (http://www.ledevoir.com/politique/quebec/381599/un-defile-sans-ame-sans-sens-de-l-histoire)